Louise Bernatowiez

Louise Bernatowiez

Louise Bernatowiez, curatrice. 2017

Es-tu une Moderna de Mierda ? D’où vient et que signifie cette expression ?
Oui, j’en suis surement une. Moderna de Mierda (Moderne de merde) est le titre de mon mémoire
de master et une expression espagnole péjorative, cela peut même être une insulte. Elle est
représentative d’un comportement que je trouve contradictoire : le fait de se croire moderne tout en
reproduisant les modes et tendances. Cette expression fait référence à un genre de modernité très
esthétique, au fait de vouloir être « à la page » par dessus tout. C’est un phénomène dont je me
moque mais auquel j’appartiens aussi, en le mettant en avant je ris de moi-même. Qu’est-ce qu’être
« moderne » de nos jours ?
La performance insuffle t-elle de la vie, de l’humour dans tes objets ? Il y a un part de fête
carnavalesque, mais aussi de Kitsch qui dialogue entre tes sculptures et tes performeurs.
Je prends du plaisir à créer des objets qui provoquent une envie de les activer. La performance
permet un déplacement de leur statut, ils deviennent vivants. Les performeurs jouent leur rôle de
personnage de festivité, ils ont le droit de faire des choses interdites pour le public, comme
manipuler les pièces. Ces performeurs sont un croisement entre ce que je leur apporte et leur
improvisation, il y a un peu de l’un dans l’autre, une complicité. Je me laisse surprendre. Ces objets
sont travestis : ils ne sont pas clairement définis, ils sont déguisés et accessorisés. Ils deviennent eux-
mêmes des éléments de déguisement pour ceux qui les portent. Donc oui, l’espace d’exposition
devient un carnaval, une fête a moi, mi fiesta. Mes objets ont déjà un aspect burlesque, leur
activation ajoute une couche d’humour. Je me sens proche de la sensibilité camp pour sa dimension
esthétisante, le plaisir dans le décalage avec le bon goût, et l’autodérision. Il y a peut être ici un
rapport avec le Kitsch, je dérange ses codes. J’aime bien jouer et questionner ces limites.
Tes céramiques sont toujours accompagnées d’objets trouvés, as-tu besoin de les coupler avec le
réel, mais un réel festif ?
Il s’agit plutôt d’objets cherchés que d’objets trouvés. Ma façon de travailler est l’échantillonnage, je
collecte des formes et des matières par lesquelles je me sens sensiblement attirée : iridescent,
brillant, bling-bling… Elles ont un aspect onirique, magique, fantasque. En les assemblant avec des
matériaux comme la céramique ou le bois, je crée un décalage. Ce sont des hybrides, le résultat d’un
glissement d’univers divers, réels et fantasmés. Je m’éloigne de la réalité tout en parlant de façon
ludique.